Critiques

Revue des artistes du Nord de la Serbie

Panoptique visuel pannonien

(extraits: pages 127-132)

par Alexandre Milenkovitch (Critique des beaux-arts, Architecte)

(Serge Koyadinovitch, artiste – peintre : « L’ouest le plus occidental est à l’est », exposition dans la Galerie du Foyer Central de l’Armée serbe, juin 2009)

Un style très particulier

L’architecte peintre Serge Koyadinovitch est le plus connu de nos navigateurs. Il a vécu une bonne partie de sa vie sur les océans et sur les îles.
Il a peint les tableaux qui nous impressionnent par leur force, ne cédant nullement aux syndrome européens de type P. Gauguin Son œuvre est l’antithèse des thèmes libidineux-bonimenteux de type « aloha » qui surchargent trop souvent les inspirations des « blancs » en Polynésie et outre-mer.

Le fait d’avoir vécu deux de dernières trois décennies séparé de son pays natal et de ses compatriotes a produit un effet salutaire. Ayant connu des contrées et des peuples éloignés, atypiques, il se mue en artiste passionné par les différences entre les peuples considèrent cela comme une richesse précieuse, extraordinaire, confirmant ainsi sa thèse sur l’importance de l’affirmation culturelle des petits peuples ( serbe y compris), leur seule possibilité de survie face à la mondialisation- globalisation.

Tout ce qui concerne les épreuves géopolitiques et la mise à mort de sa nation (durant ses années de navigation) l’ont traumatisé durablement, perturbant son esprit et son âme. Ce catharsis s’exprime avec force sur ses tableaux (exemples: « Géopolitique » 43a-l, la première partie du triptyque « Orwell- La guerre est la paix » 43a-2, ou « L’espoir » 43a-3)

Il compose sur des grands formats, rectilignes, verticaux, en général de dimension 200x100cm. Mais, on est frappé par le fait que ces dimensions imposantes soient à peine suffisantes pour exprimer pleinement son « Weltanschaung », « son regard sur le monde », son attitude critique vis a vis de notre époque, son « Weltschmertz », son « spleen », sa « mélancolie », son « vague à l’âme » face au rouleau compresseur de la globalisation

Quand cet artiste adopte le bizarre et déconcertant slogan « l’ouest le plus occidental est à l’est » il nous rappelle la vérité élémentaire que la terre est ronde et que sur elle tout est relatif. L’ensemble phénoménologique, tous les concepts des rapports mondiaux sont inséparables, indissociables, indivisibles, indissolubles et interdépendants. Personne n’est une île!

Sa philosophie de tremblements méga géopolitiques s’exprime parfois violemment, parfois sacralement, parfois plus tendrement, décryptant ainsi visuellement ses conséquences évidentes, mais aussi cachées, non médiatisée, ce qui les rendent encore plus hypocrites et machiavéliques comme «les dommages collatéraux ». dus aux bombardements. Ce sont les sources créatives de ses idéalisations qui structurent ses morphologies visuelles originales.[bg_collapse view=”link” color=”#b84949″ expand_text=”Suite de l’article”]

Le catharsis national et mondial

Koyadinovitch n’est pas enclin à refouler ses frustrations nées des événements géopolitiques

traumatisants… c’est pourquoi sur la majorité de ses tableaux on remarque une puissante décharge libératrice.

Sur les’œuvres « Le trou d’ozone » 43a-4 et «Le grand réchauffement planétaire» (voir sur internet), il met en exergue 1′ une des facettes du cataclysme écologique annoncé, fustigeant l’arrogance de l’oligarchie militaro-industrielle qui anéantie les îles paradisiaques, vierges de toute pollution, comme Bikini, Ewenatek, Mururoa ou Fangataufa, Hao et qui spolie l’atoll de Diego Garcia pour y établir une base navale (comme à Bondstil au Kosovo, d’ailleurs) en expulsant sans aucun scrupule la population autochtone. Tout cela au nom du nouvel ordre mondial ! Voir :

« Hommes bleus d’Océanie avant l’essai nucléaire »( sur internet)

Se basant sur un fait peu observé, mais véridique, que la nature ne connait pas la rectilignité, Koyadinovitch cherche à nous démontrer, à quelques exceptions près, son accord total avec cette vérité axiomatique.

Cet aspect visuel et esthétique est enraciné dans son procédé artistique comme une doctrine personnelle, un dogme intouchable et inviolable. Il s’accorde uniquement le droit d’encadrer ses œuvres dans un rectangle, inévitablement imposé par la forme classique des châssis .

Mais, sur la toile, nous assistons à des scènes composées sur un « libretto » minimal, dont l’ossature est « calculée » pour supporter l’écrasant poids de son improvisation, sa spontanéité débordante. Celle-ci se caractérise par des formes entrelacées, parfois synchronisées qui se complètent ou se superposait, ou au contraire s’entrechoquait, s’interpénétrant chaotiquement.

Ce ballet de courbes, de silhouettes, de scènes secondaires et tertiaires, de motifs interpolés, présentés avec un tas d’ingrédients d’une « réalité irréelle interactive » se déroule devant les yeux ébahis des spectateurs envoûtés et ensorcelés, découvrant ainsi le « fils rouge » qui les guident à comprendre le message suggéré.

Cette orientation de l’artiste n’est pas étrangère à la logique morphologique de certains autres auteurs, notamment ceux du domaine des sciences et technologies supposées « exactes », comme par exemple ceux de l’architecture. Rappelons les constructions de Franck Gerry et de ses édifices tordus, inclinés, optiquement instables, « contraires » au bon sens de la résistance des matériaux et des calculs statiques. Le miracle de leur édification prouve que leur créateur n’était pas « victime » de produits psychédéliques, mais uniquement du fruit de sa fantastique et fertile imagination!

Koyadinovitch, pourtant bien debout sur ses deux pieds, observe à travers des prismes déformants ses villes, ses tours, ses églises, ses donjons et surtout ses vieux monastères orthodoxes.. Pour souligner cette « inclinaison » vers les formes tordues, vers les trajectoires courbes de toutes sortes et de toutes dimensions, l’artiste ajoute sur les motifs principaux de ses compositions de très fines arabesques. Ces sous compositions « en contrepoint » dont la technique (ou précision) rappelle les dessins de « op-art » ou bien l’insertion de morceaux « d’un autre film » est flagrante sur le tableau intitulé « J’explique certaines choses… » peint d’après le poème de Pablo Neruda (43a-5)

Nous nous devons, pourtant,d’avertir les spectateurs que leur plaisir et impression finale seront proportionnels à leur possibilité de concentration et du temps qu’ils sont prêts à consacrer à l’observation des tableaux afin d’absorber la richesse du « menu » de cet artiste.

Cet avertissement n’est pas gratuit puisque l’auteur de ce texte lui même, s’est retrouvé dans l’obligation de modifier son approche habituelle d’analyse critique par souci professionnel d’éviter les manquements . Mes passages répétés devant les tableaux m’ont permis de bénéficier d’une succession de découvertes… « à tiroirs », de nouvelles réflexions, d’une classification juste et, pour finir, d’une validation honnête.( d’ailleurs, l’auteur appelle son style « le réflexionisme »… )

Mon « réflexionisme » à moi, abouti à la conclusion qu’il s’agit d’un artiste peintre sortant totalement de la routine, que ses œuvres accumulent une richesse visuelle visionnaire innovante, que mon vocabulaire théorique d’une analyse classique est insuffisant. Il faut tout simplement voir ces compositions! Ou plutôt, les regarder longtemps et les étudier, afin de saisir convenablement leurs messages.

Le temps est nécessaire afin de pouvoir saisir tout ce qui plane au dessus de leur signification première, c’est a dire les nombreuses connotations et les détails, à première vue secondaires, mais qui complètent de façon décisive les impressions instantanées. De cette façon seulement, nous arrivons à pénétrer dans le cosmos imaginatif de ces tableaux.

La peinture en perspective de type « vol d’oiseaux » du tableau « Réunion, terra nostra » (43 a-6) est un bréviaire du procédé artistique de Koyadinovitch.

Contrairement à la majorités des autres artistes, chez lui, un thème n’est pas présenté par des échantillons choisis, en « pars pro toto » mais dans sa totalité. Cette « totalité » est travaillée minutieusement, méticuleusement poussant jusqu’aux détails minuscules comme une broderie harmonieuse.

Les effets du « miroir aux alouettes » apparaissent à travers une stylisation inclinée, incurvée, ployée et pliée. Ceci crée une ambiance ésotérique et fantasmagorique car la multiplication des morphologies antinomiques donne lieu à des connotations subtiles. Tout cela bâtit une superposition bravoureuse d’allégories et de métaphores dont le raisonnement est implacable.

La palette des couleurs est en « arc-en-ciel », allant des tons froids vers les nuances chaudes, en passant par des mélanges équilibrés.

Le titre des œuvres comporte, en règle générale, un message. Mais parfois, l’artiste nous surpend et nous embarrasse pour nous pousser à analyser plus énergiquement son sens. Exemple :

« Capitaine Adolpho Luis Martinez de la Hoz »(43a-7) Nous découvrons qu’il s’agit d’un héros inconnu, d’un officier de l’armée de l’air hispanique ayant réfusé de bombarder les civils…

Pour m’exprimer dans la manière « réflexioniste », enfonçons nous dans le « sable quintessence » et plongeons « tout chaud » dans « l’océan-moana » d’une imagination sans limite.

Mont Everest de la peinture non-académique

Sa longue absence et de ce fait le manque de relations dans les cercles culturels serbes font qu’il reste relativement inconnu et que sa renommée est plus grande à l’extérieur.

Pour notre ville de Vrchatz, le berceau d’une pléiade de brillants artistes peintres, une exposition de ses œuvres serait une sensation artistique de premier ordre!

Malheureusement, le petit monde des galeries et musées et trop mercantile, trop commercial et trop assujetti à un lobbying qui fait que la renommée d’un artiste dépend plus de ses relations que de sa qualité intrinsèque.

Malgré cela, considérons qu’il s’agit d’un peintre exceptionnellement doué, possédant une créativité, un potentiel et une imagination extraordinaire méritant d’avoir son nom au sommet parmi nos meilleurs maîtres.

La Justice étant lente, mais aboutissant toujours, ne doutons pas que l’opus de ce globe-trotter, ce circumnavigateur, ce suprême fantaisiste artistique, s’imposera par sa qualité trouvant ainsi sa place dans les meilleures galeries et musées locaux, nationaux et internationaux.

Rappelons aussi une coïncidence heureuse : l’épouse de notre artiste, Hélène, est la petite fille de notre très grand peintre européen, Paul Yovanovitch, né à Vrchatz.(1888-1957).[/bg_collapse]

Sur internet : youtube…voir :koyadinovitch.